Pour un ministère de la Mer et des Ressources halieutiquesHaïti est une nation caribéenne dont l’histoire, l’économie et l’identité sont profondément liées à la mer. Pourtant, notre espace maritime demeure insuffisamment gouverné, surveillé et valorisé. Les pêcheurs, les mareyeuses, les transporteurs, les commerçants des ports et les communautés côtières travaillent avec des moyens limités, alors que les ressources marines pourraient contribuer davantage à la sécurité alimentaire, à l’emploi et à la souveraineté nationale. La création d’un ministère de la Mer et des Ressources halieutiques répondrait à une nécessité politique et économique. Il ne s’agirait pas d’ajouter une structure administrative sans responsabilité précise, mais de rassembler dans une même vision la pêche, la protection du littoral, la formation maritime, la surveillance des eaux, l’aquaculture, les ports et la coopération régionale. Pour le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens, changer Haïti signifie donner une place centrale aux travailleurs, aux territoires et aux richesses nationales. La mer doit devenir un espace de production, de protection et de dignité, au bénéfice des familles haïtiennes et des générations futures. Une richesse nationale trop longtemps disperséeLes affaires maritimes sont aujourd’hui réparties entre plusieurs institutions qui interviennent avec des moyens, des priorités et des informations souvent insuffisamment coordonnés. Cette dispersion affaiblit la puissance publique. Elle complique l’accompagnement des pêcheurs, réduit l’efficacité de la surveillance et empêche la construction d’une véritable stratégie bleue pour le pays. Un ministère spécialisé pourrait établir une politique cohérente pour les eaux territoriales, les zones de pêche, les ports, les îles adjacentes et les écosystèmes côtiers. Il aurait pour mission de produire des données fiables, de coordonner les services publics et de défendre les intérêts d’Haïti dans les espaces régionaux de la Caraïbe. Cette institution devrait travailler avec les collectivités territoriales, les associations de pêcheurs, les coopératives, les universités et les acteurs économiques. La centralisation des décisions ne doit pas signifier l’exclusion des communautés. Les habitants du littoral possèdent une connaissance concrète des courants, des saisons, des espèces et des changements observés en mer. Donner aux pêcheurs les moyens de vivre de leur métierLa pêche artisanale fait vivre de nombreuses familles, directement ou indirectement. Elle fournit du poisson aux marchés locaux, soutient le commerce et maintient une activité économique dans des zones où les possibilités d’emploi sont rares. Pourtant, les pêcheurs affrontent le manque d’équipements, l’absence de chaîne du froid, la hausse du coût du carburant, l’insécurité en mer et l’accès limité au crédit. Une politique publique sérieuse doit financer des débarcadères adaptés, des chambres froides, des ateliers de réparation et des systèmes de conservation accessibles. Elle doit aussi favoriser l’achat collectif de matériels, l’assurance des embarcations et la formation aux règles de navigation. La modernisation ne signifie pas l’abandon des pratiques locales : elle doit renforcer la sécurité et la rentabilité du travail. Les femmes qui transforment, vendent et distribuent les produits de la mer doivent être pleinement reconnues. Elles jouent un rôle essentiel dans la chaîne de valeur halieutique, mais restent souvent invisibles dans les statistiques et les programmes publics. Des coopératives, des crédits adaptés et des espaces de vente salubres pourraient accroître leurs revenus et leur autonomie. Protéger les écosystèmes pour assurer l’avenirLa mer ne peut pas être considérée comme une réserve inépuisable. La destruction des mangroves, l’érosion du littoral, les déchets plastiques, la pollution des eaux et la pêche illégale menacent les ressources dont dépendent les populations côtières. Les effets du changement climatique aggravent ces risques, notamment à travers l’élévation du niveau de la mer, les tempêtes plus intenses et la modification des cycles de reproduction des espèces. Le futur ministère devrait disposer d’une direction dédiée à la protection des écosystèmes marins et côtiers. Son action porterait sur les mangroves, les récifs, les herbiers marins, les estuaires et les zones humides. La création d’aires marines protégées pourrait être envisagée avec les communautés, sur la base de règles claires, de compensations équitables et d’un contrôle réellement appliqué. La protection ne doit pas être conçue contre les pêcheurs. Elle doit être construite avec eux. Des périodes de repos biologique, des tailles minimales de capture et des engins sélectifs peuvent préserver les stocks tout en permettant aux familles de continuer à travailler. La recherche scientifique haïtienne doit être associée à cette démarche afin de mieux connaître les espèces et les effets des activités humaines.
Faire de la formation une priorité nationaleUne politique maritime ne peut réussir sans une nouvelle génération de professionnels formés. Haïti a besoin de marins, de mécaniciens, de techniciens en aquaculture, de spécialistes de la cartographie, de biologistes marins, d’agents portuaires et de sauveteurs. Ces métiers doivent être accessibles aux jeunes des villes côtières comme à ceux des zones rurales et insulaires. Les écoles professionnelles pourraient offrir des parcours courts et pratiques, associés à des stages dans les ports, les coopératives et les entreprises de transformation. Des programmes d’alphabétisation fonctionnelle, de sécurité en mer et de gestion financière seraient particulièrement utiles aux travailleurs adultes. La formation doit être dispensée dans une langue comprise par les apprenants, tout en donnant une place réelle au français et aux langues étrangères nécessaires dans les échanges maritimes. Cette vision rejoint notre engagement en faveur d’une école bilingue et laïque, capable de transmettre des savoirs solides tout en respectant l’identité haïtienne. Le créole doit être un outil de compréhension et de participation, tandis que le français, l’anglais et l’espagnol peuvent ouvrir des perspectives dans la Caraïbe et dans les métiers de la navigation. La recherche doit également occuper une place importante. Des partenariats entre universités, instituts techniques et organisations régionales permettraient de suivre l’état des ressources halieutiques, d’améliorer les méthodes de conservation et de développer une aquaculture respectueuse de l’environnement. Investir dans la connaissance, c’est réduire la dépendance aux informations produites à l’extérieur du pays. Créer des emplois autour de l’économie bleueLa mer offre des activités bien plus larges que la capture du poisson. La transformation alimentaire, la réparation des embarcations, la fabrication de filets, le transport côtier, l’écotourisme, la production de glace et l’aquaculture peuvent créer des emplois dans plusieurs régions. Une stratégie nationale doit favoriser ces filières sans concentrer tous les investissements dans la capitale. Le développement de petites unités de transformation permettrait de produire du poisson séché, fumé, salé, congelé ou conditionné selon des normes de qualité. Ces activités augmenteraient la valeur des captures et limiteraient les pertes. Les marchés publics, les cantines scolaires et les programmes d’aide alimentaire pourraient intégrer davantage de produits halieutiques issus de la production nationale. Les politiques destinées aux travailleurs de la mer doivent tenir compte de la réalité de l’économie informelle. Beaucoup de pêcheurs et de vendeuses ne disposent ni d’un contrat régulier ni d’une protection sociale. Les principes défendus dans notre réflexion sur les travailleurs de l’économie informelle peuvent inspirer un statut adapté : accès aux soins, retraite progressive, protection contre les accidents et représentation dans les décisions publiques. L’économie bleue ne doit cependant pas devenir un prétexte à la privatisation des plages, à l’exclusion des habitants ou à l’exploitation incontrôlée des ressources. Tout investissement doit respecter l’accès public au littoral, les droits des communautés et les normes environnementales. Le développement doit produire de la richesse partagée, pas de nouveaux monopoles. Renforcer la souveraineté et la sécurité maritimeLa maîtrise de l’espace maritime est une question de souveraineté. Elle concerne la lutte contre la pêche illégale, le trafic, la pollution, les accidents et les incursions dans les eaux haïtiennes. Elle concerne également la capacité du pays à connaître ses ressources, à faire respecter ses règles et à défendre ses intérêts dans les négociations régionales. Le ministère proposé devrait coopérer étroitement avec les garde-côtes, les autorités portuaires, la protection civile et les institutions judiciaires. Un système de communication fiable, des équipements de sauvetage et une cartographie actualisée pourraient sauver des vies. Les pêcheurs eux-mêmes devraient être associés à la veille maritime, grâce à des mécanismes simples de signalement et à une protection contre les représailles. La coopération avec les pays de la Caraïbe est indispensable. Les poissons migrent, les courants traversent les frontières et les pollutions ne s’arrêtent pas aux limites administratives. Haïti doit participer activement aux mécanismes régionaux de gestion des pêches, de secours en mer, de lutte contre la contrebande et de protection des habitats marins. Cette ambition demande une administration intègre et contrôlable. Les autorisations, les licences, les marchés publics et les inspections doivent être soumis à des règles transparentes. Un ministère puissant ne sera utile que si ses décisions peuvent être examinées par le Parlement, les collectivités, les organisations professionnelles et la société civile. Les décisions à engager dès le débutLa création de cette institution doit s’accompagner d’un calendrier précis, d’un budget public et d’indicateurs mesurables. Il faut éviter les annonces sans financement et les réformes qui restent sur le papier. Une première phase pourrait établir un diagnostic national des ports, des communautés de pêche, des ressources disponibles et des risques environnementaux. Les priorités immédiates devraient être définies avec les acteurs du terrain. Elles doivent répondre aux urgences quotidiennes tout en préparant une transformation durable du secteur :
Un conseil national de la mer pourrait réunir représentants de l’État, collectivités territoriales, organisations de pêcheurs, syndicats, chercheurs, associations environnementales et acteurs économiques. Ce cadre garantirait un dialogue permanent et réduirait le risque que les politiques soient imposées sans tenir compte des réalités locales. La réussite dépendra enfin de la participation citoyenne. Les communautés doivent pouvoir suivre les dépenses, signaler les abus et évaluer les résultats. Le ministère de la Mer et des Ressources halieutiques doit être une institution au service du peuple, avec des bureaux accessibles, des informations publiées dans des langues compréhensibles et une présence effective dans les départements côtiers. Haïti possède la capacité de transformer sa relation à la mer. Il faut désormais passer d’une gestion fragmentée à une politique nationale ambitieuse, sociale et écologique. Le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens appelle les citoyens, les travailleurs, les organisations locales et les forces vives du pays à porter cette exigence : faire de la mer un levier de souveraineté, de sécurité alimentaire, d’emplois dignes et de changement pour Haïti. |
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