Pour un fonds de solidarité pour les proches des personnes disparuesLe peuple haïtien porte depuis trop longtemps le poids de séparations imposées par la violence politique et l'insécurité chronique. À chaque effondrement de l'État ou tournant autoritaire, des milliers de personnes ont été arrachées à leurs proches sans qu'aucune explication ne soit donnée. Leurs noms figurent sur des listes incomplètes, leurs photographies s'effacent, et la recherche de la vérité demeure suspendue à un vide institutionnel persistant. Cette réalité touche particulièrement les femmes, les personnes âgées et les enfants qui héritent d'un deuil sans corps. Les mères qui ont vu partir un fils sous la contrainte, les sœurs qui ont perdu la trace d'un frère, les conjointes laissées dans l'incertitude forment une communauté dispersée mais solidaire. Elles demandent que la société haïtienne reconnaisse leur épreuve et leur ouvre un chemin de réparation à la hauteur du préjudice subi. C'est dans cet esprit que le Parti Fusion des Sociaux-Democrates Haïtiens propose la création d'un fonds de solidarité dédié aux proches des personnes disparues. Ce mécanisme à la fois humanitaire, mémoriel et politique rassemblerait des ressources publiques, privées et internationales, les administrerait de manière transparente et les redistribuerait selon des critères équitables. Les racines haïtiennes des disparitions et la mémoire blesséeL'histoire d'Haïti est jalonnée de périodes où la disparition forcée a été utilisée comme instrument de domination. Sous la dictature des Duvalier, les opposants, les syndicalistes, les journalistes et les simples suspects ont été arrêtés, torturés et souvent engloutis dans un système répressif qui refusait jusqu'au droit de savoir ce qu'ils étaient devenus. Les Corps des Léopards et la Milice des Volontaires de la Sécurité Nationale ont inscrit dans la mémoire collective le récit d'un pouvoir qui faisait disparaître ses propres citoyens. Le coup d'État de 1991, suivi de longues années d'instabilité, a produit de nouvelles vagues de disparitions sous la contrainte militaire puis sous la pression de groupes armés installés dans plusieurs départements. L'expansion des gangs à Port-au-Prince, dans l'Artibonite et dans le Nord a multiplié les enlèvements dont beaucoup se concluent sans que l'on sache ce que sont devenues les victimes. À cela s'ajoutent les conséquences indirectes du séisme de 2010, qui a compliqué la traçabilité administrative de nombreux décès. Cette accumulation historique exige une réponse qui reconnaisse publiquement ces drames et offre aux familles un avenir où la disparition d'un proche ne se traduise plus par un isolement total. Quand l'absence devient un quotidien pour les famillesAu quotidien, les proches vivent dans une zone grise où rien n'est véritablement résolu. Ni deuil, ni espoir, ni attente ne trouvent de conclusion, et chaque journée réactive la même interrogation : où est l'être aimé, et pourquoi le pays refuse-t-il de le chercher ? Cette incertitude permanente entraîne des troubles psychologiques documentés par les organisations qui accompagnent ces familles : anxiété chronique, insomnies, culpabilité persistante, dépression qui touche aussi les enfants élevés dans le non-dit. À la souffrance morale s'ajoute une précarité économique souvent dramatique, surtout lorsqu'un chef de famille a été enlevé ou lorsque la personne disparue assurait seule les revenus du foyer. Beaucoup de femmes élèvent seules plusieurs enfants, faute d'un certificat de décès ou d'une reconnaissance officielle. Les démarches administratives se heurtent à des obstacles juridiques qui transforment le disparu en un absent sans statut clair. Les associations de proches, nées d'initiatives individuelles remarquables, ont joué un rôle irremplaçable pour briser cet isolement par des veillées, des marches silencieuses et des commémorations publiques. C'est à partir de cette force associative que le fonds de solidarité prend racine. Les leçons venues du Cône Sud et d'autres horizonsPlusieurs pays latino-américains ont affronté des situations de disparition massive et construit, après des décennies de luttes, des architectures institutionnelles mêlant commissions de vérité, réparations économiques et mécanismes de recherche active. L'expérience argentine autour du Plan Condor illustre la manière dont des dictatures coordonnées ont fait disparaître des milliers de militants, et la manière dont le témoignage des exilés uruguayens, comme en témoigne ce récit d'Encuentro MvyJ, a permis de reconstituer des pans entiers d'une histoire longtemps occultée. Au Chili, deux commissions vérité successives ont établi la liste des victimes de la dictature de Pinochet et mis en place un système de pensions spécifiques pour les familles. En Colombie, l'Unité de recherche des personnes disparues combine recherche forensique, accompagnement psychologique et réparations. Au Brésil, les commissions nationales ont posé les bases d'une reconnaissance officielle des responsabilités institutionnelles. Aucun de ces modèles ne peut être transposé tel quel, mais tous offrent des enseignements précieux sur la nécessité de coupler aide matérielle, reconnaissance symbolique et réforme judiciaire. Ils rappellent aussi que la solidarité internationale peut jouer un rôle déterminant, sans imposer de schémas extérieurs. L'architecture proposée pour le fonds de solidaritéLe fonds envisagé par le PFSDH reposerait sur une structure administrative légère, indépendante du pouvoir politique et soumise à un conseil de surveillance pluraliste comprenant des représentants des associations de familles, des magistrats, des experts-comptables et des organisations partenaires. Sa gouvernance serait encadrée par une charte publique fixant les critères d'éligibilité, les procédures et les voies de recours. Les éléments structurants du fonds se déclinent en plusieurs volets essentiels :
Ce fonds serait alimenté par le budget national, par des contributions volontaires sur certaines transactions et par des partenariats internationaux ciblés. Il s'inscrit dans une vision où solidarité envers les plus vulnérables va de pair avec exigence de dignité et de transparence, à l'image de l'engagement pris par le parti avec l'initiative intitulée Le PFSDH propose un label Haïti propre pour les communes sans décharge sauvage. Un fonds ancré dans la réforme du système judiciaireLa création d'un fonds de solidarité ne peut être dissociée d'une réforme profonde du système judiciaire haïtien, car c'est l'impunité qui perpétue le cycle des disparitions. Lorsqu'un enlèvement ne donne lieu à aucune enquête sérieuse, lorsqu'un corps non identifié est enterré sans expertise, lorsqu'un dossier s'enlise des années dans les tribunaux, c'est la société tout entière qui est mise en cause. Le PFSDH défend des mesures visant à professionnaliser la chaîne judiciaire et à garantir que chaque disparition fasse l'objet d'une instruction diligentée. Dans cette perspective, la contribution détaillée publiée sous le titre Non à l'impunité : notre proposition de réforme du système judiciaire constitue un cadre cohérent avec le fonds de solidarité, puisqu'elle prévoit des unités spécialisées au sein de la police, un parquet dédié aux disparitions forcées et un fichier national des personnes non identifiées. Un fonds appuyé par un appareil judiciaire crédible permet de sortir d'une logique compassionnelle isolée pour entrer dans une véritable politique publique de reconnaissance. L'articulation avec une commission vérité et justice, lorsqu'elle sera pleinement opérationnelle, devra être explicite. Les dossiers instruits par la commission alimenteront le fonds, et inversement, le fonds accompagnera les familles pendant la durée souvent longue des procédures. Cette complémentarité évite la dispersion des efforts et clarifie le rôle de chaque acteur institutionnel. Engagements de la société civile et indicateurs de suiviLa réussite d'un fonds de solidarité dépend de l'engagement durable des organisations citoyennes, des cultes, des écoles et des médias. Une diffusion régulière des critères d'éligibilité, l'organisation d'assises annuelles des familles et la formation de médiateurs communautaires constituent des conditions concrètes de succès. L'éducation à la mémoire doit s'installer dans les programmes scolaires pour rompre la transmission du silence. Trois indicateurs de réussite seront suivis chaque année :
Une comparaison internationale permet de mesurer le chemin parcouru et l'ambition de ce qui reste à construire :
Le tableau ci-dessus met en lumière une constante : partout où des familles ont obtenu des réponses durables, c'est parce qu'un mécanisme dédié a permis d'articuler reconnaissance, réparation et recherche active. La proposition du PFSDH s'inscrit dans cette lignée tout en s'adaptant aux réalités fiscales, institutionnelles et sociales d'Haïti. Ce mécanisme suppose du courage politique, de la constance institutionnelle et une mobilisation sincère de chaque couche de la nation. Sa mise en place permettrait à des milliers de familles de tourner une page sans renier leur mémoire, et démontrerait qu'un avenir commun reste possible dès lors que la dignité de chacun est reconnue. |
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AYITI PAP PERI. NAP CHANJE SA ! Soyez les bienvenus entrez S.V.P.
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