Un fonds de développement pour les communes frontalièresLes communes frontalières d’Haïti occupent une place stratégique dans la vie nationale. Elles sont des espaces de commerce, de circulation, de rencontre entre les familles et de dialogue avec la République dominicaine. Pourtant, elles restent souvent privées des investissements indispensables à leur développement : routes impraticables, marchés insuffisamment équipés, accès limité à l’eau potable, faiblesse des services de santé et manque d’emplois pour les jeunes. Le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens défend la création d’un fonds public consacré aux territoires frontaliers. Cette proposition s’inscrit dans une vision sociale-démocrate de l’État : réduire les inégalités régionales, soutenir les collectivités locales et faire du développement économique un instrument de dignité, de stabilité et de souveraineté. En français comme en kreyòl, le message est le même : chanje Ayiti exige de donner aux communes les moyens d’agir. Un instrument de justice territorialeLes communes situées près de la frontière supportent des charges particulières sans bénéficier de ressources proportionnelles. Elles accueillent des échanges commerciaux intenses, prennent en charge des populations mobiles et doivent répondre à des besoins de sécurité, de santé et d’état civil qui dépassent souvent leurs capacités administratives. La frontière ne peut donc pas être considérée comme une simple ligne géographique ; elle constitue un territoire de vie qui mérite une politique publique cohérente. Un fonds de développement frontalier permettrait de corriger cette injustice territoriale. Son objectif ne serait pas de remplacer le budget national ni de contourner les mairies, mais de compléter les financements ordinaires par des ressources ciblées. Les projets seraient définis à partir des besoins locaux, avec des critères publics et vérifiables : population concernée, niveau de pauvreté, état des infrastructures, potentiel économique et exposition aux risques naturels. Cette approche renforcerait la décentralisation. Les conseils municipaux, les organisations communautaires, les chambres de commerce, les associations de femmes et les représentants de la jeunesse pourraient participer à l’identification des priorités. Le fonds deviendrait ainsi un outil de planification locale plutôt qu’une caisse réservée aux décisions prises dans la capitale. Des ressources stables et transparentesLa pérennité du fonds dépendra de la diversité de ses sources de financement. Une dotation annuelle inscrite dans le budget de la République devrait en constituer la base. Elle pourrait être complétée par une part clairement définie des recettes douanières, des contributions des partenaires internationaux, des financements de la diaspora et des mécanismes de coopération décentralisée. La règle essentielle serait de protéger ces ressources contre les réaffectations arbitraires. La gestion financière doit reposer sur un cadre légal précis. Chaque commune bénéficiaire devrait connaître les montants disponibles, les critères d’attribution, les délais d’exécution et les obligations de compte rendu. Les marchés publics devraient être publiés, les contrats accessibles et les travaux soumis à un contrôle technique indépendant. Une plateforme numérique simple pourrait permettre de suivre les projets, leurs coûts et leur état d’avancement, y compris dans les zones où la connexion reste limitée. La transparence concerne aussi la sécurité des citoyens. Les disparitions, les abus et les violences ne peuvent être écartés du débat sur la gouvernance locale. Une enquête indépendante sur les disparitions forcées contribuerait à rappeler qu’aucun programme de développement ne peut être durable sans vérité, justice et responsabilité publique. La confiance dans les institutions est une condition du financement collectif. Investir dans les services et les emploisLe fonds devrait financer en priorité les infrastructures qui améliorent directement la vie quotidienne. La réhabilitation des routes communales, des ponts et des pistes agricoles faciliterait le transport des personnes et des marchandises. Des postes de santé équipés, des écoles sûres, des réseaux d’eau potable et des systèmes d’assainissement réduiraient les inégalités qui frappent particulièrement les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées. Les investissements doivent également soutenir l’économie locale. Des marchés frontaliers modernes, dotés d’espaces de stockage, de zones de vente propres et de services vétérinaires, pourraient améliorer les conditions du commerce. La transformation du maïs, du café, du cacao, des fruits, du lait et des produits de la pêche créerait davantage de valeur sur place. Les coopératives et les petites entreprises auraient besoin de crédit adapté, de formation et d’un accompagnement comptable. Le développement urbain ne doit pas exclure les quartiers populaires qui se construisent autour des centres commerciaux et administratifs. Une politique urbaine inclusive aiderait à relier les zones périphériques aux marchés, aux écoles et aux transports. L’aménagement doit prévenir l’extension désordonnée des villes tout en respectant les familles qui y vivent déjà. Les priorités du fonds pour les territoiresLe choix des projets doit combiner urgence sociale et capacité de transformation. Il ne s’agit pas de multiplier les ouvrages visibles sans entretien, mais de financer des équipements utiles, durables et adaptés au climat. Chaque investissement devrait comporter un plan de maintenance, une estimation de son impact sur l’emploi et un dispositif de participation des habitants. Investissements prioritaires :
Les projets peuvent être réalisés par étapes afin de tenir compte des capacités réelles des communes. Une première phase pourrait cibler les services essentiels, une deuxième les infrastructures économiques et une troisième la modernisation administrative. Cette programmation éviterait la dispersion des ressources et permettrait d’évaluer les résultats avant d’étendre les financements. Garanties de bonne gestion :
Une coopération frontalière au service des populationsLa frontière impose une coopération constante avec les autorités dominicaines. Les deux pays partagent des bassins versants, des routes commerciales, des marchés, des familles et des risques sanitaires. La création d’un fonds haïtien ne doit pas être conçue comme un geste hostile ou isolé, mais comme un moyen de renforcer la capacité d’Haïti à négocier avec son voisin dans l’intérêt de ses citoyens. Des mécanismes de dialogue entre municipalités pourraient améliorer la gestion des marchés, la circulation des travailleurs, la protection de l’environnement et la réponse aux urgences. Les autorités locales devraient disposer de représentants formés pour traiter les questions transfrontalières, notamment les formalités commerciales, la sécurité des transporteurs et la protection des personnes vulnérables. La coopération ne signifie pas l’abandon de la souveraineté. Haïti doit défendre ses producteurs, faire respecter ses lois et veiller à ce que les échanges soient équitables. Une administration douanière modernisée, accompagnée d’une lutte ferme contre la contrebande et la corruption, permettrait d’augmenter les recettes publiques sans pénaliser les petits commerçants. La frontière doit devenir un lieu de régulation et d’opportunités, plutôt qu’un espace livré à l’informel et à l’arbitraire. Une politique durable pour les jeunes et l’environnementLes jeunes des communes frontalières ont besoin de perspectives qui ne se limitent pas au départ vers Port-au-Prince ou à la migration irrégulière. Le fonds pourrait soutenir des centres de formation dans l’agriculture durable, la mécanique, le numérique, la construction, la transformation alimentaire et les métiers liés aux énergies renouvelables. Des programmes d’apprentissage rémunéré offriraient une première expérience aux jeunes sans emploi. Les femmes doivent bénéficier d’un accès prioritaire au crédit, aux marchés publics locaux et aux espaces de décision. Dans de nombreuses communautés, elles assurent le commerce de détail, la transformation des produits agricoles et la gestion quotidienne des familles. Leur donner davantage de moyens renforcerait les revenus des ménages et la résilience économique des quartiers frontaliers. La protection des ressources naturelles doit accompagner chaque projet. La déforestation, l’érosion des sols, les inondations et la pollution des rivières menacent les deux côtés de la frontière. Le fonds pourrait appuyer la reforestation, la collecte des déchets, l’irrigation raisonnée et les systèmes d’alerte contre les catastrophes. Les infrastructures publiques doivent être conçues pour résister aux séismes, aux cyclones et aux pluies extrêmes. Une responsabilité partagée entre l’État et les communesLa réussite de ce fonds exigera une relation nouvelle entre le pouvoir central et les collectivités territoriales. L’État doit garantir les ressources, les normes et la solidarité nationale, tandis que les communes doivent participer à la planification, à l’exécution et au contrôle des projets. Cette répartition des responsabilités donnera un contenu concret à la décentralisation, trop souvent réduite à une déclaration de principe. Un conseil de gestion pluraliste pourrait réunir des représentants de l’administration, des mairies, du Parlement, des organisations sociales, du secteur privé et des communautés concernées. Ses décisions devraient être rendues publiques et soumises à des évaluations périodiques. Des indicateurs simples permettraient de mesurer les progrès : kilomètres de routes réhabilités, familles raccordées à l’eau, emplois créés, recettes locales améliorées et temps d’accès aux services essentiels. La création d’un fonds de développement pour les communes frontalières serait donc un choix politique en faveur de l’égalité et de la dignité. Elle donnerait aux populations de la frontière les moyens de produire, d’échanger, d’étudier et de vivre dans de meilleures conditions. En plaçant les communes au cœur de l’action publique, Haïti pourrait transformer ses marges territoriales en pôles de développement, de coopération et de stabilité nationale. |
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