Pour une mobilité haïtienne plus libre, sûre et durable

Changer Haïti signifie aussi transformer la manière dont les personnes se déplacent chaque jour. Dans les villes comme dans les sections communales, la marche, le vélo, la bicyclette, la charrette et les autres moyens de transport non motorisés représentent des solutions accessibles face au coût élevé du carburant, aux embouteillages et à la dégradation de l’environnement. Notre parti veut inscrire cette mobilité active dans une politique sociale-démocrate, fondée sur l’égalité, la dignité et la participation citoyenne.

Encourager le vélo ne consiste pas à imposer un modèle étranger ni à demander aux familles de renoncer aux transports motorisés dans toutes les situations. Il s’agit de donner à chacun davantage de choix, de sécuriser les déplacements courts et de relier les quartiers aux écoles, aux marchés, aux lieux de travail et aux services publics. Cette vision rejoint notre identité haïtienne, créole et francophone, ainsi que notre volonté de construire un pays plus juste, mieux organisé et capable de valoriser ses propres ressources.

Une mobilité populaire au cœur du changement

Le vélo doit être considéré comme un moyen de transport quotidien, et non comme un simple équipement de loisir. Pour un étudiant, une vendeuse de marché, un artisan ou un salarié, il peut réduire les dépenses de déplacement et faciliter l’accès aux opportunités. La marche joue le même rôle pour les trajets de proximité. Une politique publique responsable doit donc reconnaître la valeur économique du temps et de l’énergie économisés par les ménages.

Cette orientation concerne particulièrement les personnes aux revenus modestes, souvent contraintes de consacrer une part importante de leur budget au transport. Elle doit cependant tenir compte des réalités locales : relief, état des routes, distance entre les communes, climat, sécurité et disponibilité de l’eau. Dans certaines zones, la bicyclette classique sera appropriée ; ailleurs, un vélo à assistance électrique, un triporteur ou une combinaison entre marche et transport collectif pourra mieux répondre aux besoins.

Notre message politique s’inscrit dans une démarche de transformation pacifique des habitudes et des institutions. Les expériences internationales peuvent nourrir la réflexion, à l’image de cette référence politique européenne, mais les solutions devront être conçues avec les collectivités haïtiennes, les associations, les établissements scolaires, les chauffeurs et les usagers. Il ne s’agit pas de copier une capitale étrangère, mais de renforcer la capacité d’Haïti à décider de son propre avenir.

Des rues sûres pour tous les usagers

La sécurité est la première condition d’un usage régulier du vélo et de la marche. Beaucoup de personnes hésitent à se déplacer à bicyclette parce qu’elles doivent partager des voies étroites avec des véhicules rapides, contourner des étals ou traverser des carrefours mal éclairés. La stratégie nationale devra commencer par des itinéraires simples, visibles et continus, reliant les zones résidentielles aux écoles, aux marchés, aux centres de santé et aux gares de transport collectif.

Dans les secteurs où une piste séparée n’est pas immédiatement possible, des rues à circulation apaisée peuvent être aménagées. La réduction de la vitesse, la signalisation, les passages piétons, l’éclairage solaire et la présence de brigades de circulation contribueront à protéger les cyclistes et les piétons. Les enfants, les personnes âgées et les personnes à mobilité réduite devront être placés au centre de la conception des espaces publics.

La sécurité routière exige aussi une éducation permanente. Les écoles, les auto-écoles, les associations de chauffeurs et les médias peuvent diffuser les règles de partage de la route dans les deux langues de la vie publique haïtienne. Le créole rendra les messages accessibles au plus grand nombre, tandis que le français pourra être utilisé dans les documents administratifs et pédagogiques. Une route sûre dépend autant des infrastructures que du respect mutuel entre ses usagers.

Un réseau cyclable adapté aux réalités haïtiennes

Nous proposons une approche progressive, basée sur des corridors prioritaires plutôt que sur des travaux coûteux dispersés. Chaque commune pourrait identifier plusieurs liaisons courtes à fort usage : un axe entre un quartier et un établissement scolaire, une voie vers un marché, un itinéraire reliant une zone rurale à un centre de services ou une connexion entre un arrêt de transport collectif et les rues environnantes. Ces trajets seraient aménagés selon les conditions du terrain et les pratiques existantes.

Les infrastructures doivent être robustes, faciles à entretenir et conçues pour résister aux pluies intenses. Le drainage, la stabilisation des accotements, la réparation des nids-de-poule et la protection des petits ponts sont essentiels. Une piste cyclable inutilisable après chaque épisode de pluie ne constitue pas une politique de mobilité. Les collectivités devront disposer de budgets d’entretien clairement identifiés, avec des équipes locales capables d’intervenir rapidement.

Le stationnement est une autre composante souvent négligée. Des arceaux sécurisés près des écoles, des marchés, des administrations, des lieux de culte et des centres de santé encourageront les déplacements à bicyclette. Les gares routières pourront prévoir des espaces surveillés pour les vélos et les triporteurs. Dans les zones agricoles, des équipements adaptés au transport de petites marchandises aideront les producteurs à rejoindre les marchés sans dépendre entièrement d’un véhicule motorisé.

Former les jeunes et changer les habitudes

La transition vers une mobilité active commence dès l’enfance. Les écoles peuvent organiser des séances d’apprentissage du vélo, d’entretien élémentaire et de sécurité routière. Les élèves qui habitent à proximité pourraient bénéficier de parcours accompagnés par des adultes formés. Cette démarche réduirait les risques, développerait l’autonomie et créerait une culture du déplacement responsable. Elle doit être ouverte aux filles comme aux garçons, avec une attention particulière à la liberté de mouvement des adolescentes.

L’éducation ne doit pas s’arrêter à la salle de classe. Des campagnes communautaires peuvent expliquer les bénéfices du vélo pour la santé, le budget familial et la qualité de l’air. Des journées sans voiture, des ateliers de réparation et des événements sportifs de quartier permettront de rendre cette pratique visible et conviviale. Les messages devront éviter la culpabilisation : chacun doit pouvoir avancer à son rythme, en fonction de ses contraintes professionnelles, familiales et physiques.

La politique linguistique du pays peut soutenir cette ambition. Les supports de formation, les panneaux et les campagnes radiophoniques gagneront à être disponibles en créole et en français. Cette exigence rejoint notre volonté de défendre une école bilingue haïtienne, laïque et inclusive, capable de transmettre des connaissances pratiques tout en renforçant la citoyenneté. Apprendre à se déplacer, à respecter l’espace commun et à participer aux décisions locales relève pleinement de l’éducation civique.

Une économie locale autour du vélo

Une stratégie de mobilité non motorisée peut créer des emplois dans la fabrication, l’assemblage, la réparation et la distribution. Des ateliers de quartier pourraient assurer l’entretien des bicyclettes, former de jeunes mécaniciens et proposer des pièces à prix abordable. L’État et les municipalités peuvent soutenir ces initiatives par des marchés publics, des formations professionnelles et des microcrédits encadrés, en privilégiant les coopératives et les petites entreprises locales.

Les vélos utilitaires, les triporteurs et les remorques peuvent améliorer la distribution de proximité. Ils conviennent au transport de fruits, de pain, de fournitures scolaires, de repas ou de petits colis, surtout dans les rues étroites où les camions circulent difficilement. Des règles claires devront encadrer ces usages afin de protéger les travailleurs, d’éviter la surcharge et de garantir la sécurité des autres usagers.

Cette dynamique s’accorde avec notre conception d’une économie solidaire en Haïti. Les projets de mobilité peuvent associer communes, coopératives, associations de femmes, organisations de jeunes et entreprises responsables. Une partie des recettes issues de services de location ou de livraison pourrait financer l’entretien des voies et l’accès des familles vulnérables à des équipements sûrs. Le vélo deviendrait ainsi un outil de production, de solidarité et d’autonomie économique.

Les mesures prioritaires pour une action publique durable

La réussite de cette stratégie dépendra d’une coordination réelle entre l’État central, les municipalités, les écoles, les organisations communautaires et les professionnels du transport. Chaque territoire devra établir un diagnostic simple : trajets les plus utilisés, points dangereux, besoins des personnes handicapées, possibilités de stationnement et coûts d’entretien. Les décisions devront être rendues publiques afin que les citoyens puissent suivre les engagements et signaler les problèmes.

Le financement pourra combiner le budget national, les ressources municipales, les contributions de la coopération et des mécanismes de responsabilité sociale. Les projets devront toutefois éviter la dépendance à des équipements importés impossibles à réparer localement. Les appels d’offres peuvent inclure des exigences de formation, de disponibilité des pièces et de transfert de compétences. Une infrastructure utile est une infrastructure que les communautés peuvent maintenir après son inauguration.

Les premières décisions à inscrire dans un programme gouvernemental sont les suivantes :

  • aménager des itinéraires sûrs autour des écoles, marchés et centres de santé ;
  • réduire la vitesse dans les zones urbaines à forte présence piétonne ;
  • installer des stationnements sécurisés pour vélos et triporteurs ;
  • créer des ateliers locaux de réparation et de formation professionnelle ;
  • intégrer la marche et le vélo dans les plans communaux d’urbanisme ;
  • publier chaque année les budgets, les travaux réalisés et les résultats observés ;
  • garantir des consultations en créole et en français avec les habitants.

Les résultats devront être mesurés avec des indicateurs accessibles : nombre de kilomètres sécurisés, fréquentation des itinéraires, accidents recensés, emplois créés, participation des femmes et des jeunes, coût moyen des déplacements et état des infrastructures après la saison des pluies. Cette évaluation permettra de corriger les erreurs et de diffuser les solutions qui fonctionnent. En encourageant le vélo, la marche et les transports non motorisés, nous défendons une Haïti où la mobilité devient un droit concret, un facteur de santé et un levier de développement partagé.

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AYITI PAP PERI. NAP CHANJE SA !

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