Pour une Haïti protégée par une loi sur les lits de rivièreHaïti ne peut pas bâtir son avenir en laissant des familles, des écoles et des activités économiques s’installer dans les espaces que l’eau reprend naturellement. À chaque saison pluvieuse, les rivières, ravines et canaux rappellent leur fonction essentielle : transporter les eaux, absorber les crues et protéger les communautés situées en aval. Lorsque leurs lits sont occupés par des maisons, des murs ou des déchets, le risque devient une certitude différée. Le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens défend une politique de responsabilité publique, de justice sociale et de protection du territoire. Notre projet de loi pour interdire la construction sur les lits de rivière s’inscrit dans cette vision. Il ne s’agit pas de punir les familles pauvres qui ont été abandonnées par l’État, mais de mettre fin à une désorganisation qui expose toute la population aux inondations, aux glissements de terrain et aux pertes humaines. Cette réforme doit associer prévention, relogement digne, application de la loi et restauration des bassins versants. Elle doit être comprise dans les deux langues qui portent notre identité politique et nationale, le créole haïtien et le français. Changer Haïti exige des décisions claires, une administration présente et une solidarité concrète envers les personnes qui vivent aujourd’hui dans les zones les plus vulnérables. Une urgence nationale face aux cruesLe lit d’une rivière n’est pas une parcelle disponible comme une autre. Il correspond à l’espace occupé habituellement ou exceptionnellement par l’écoulement des eaux. Selon les territoires, cette zone comprend le chenal principal, les berges, les plaines inondables et les couloirs naturels qui permettent à une crue de se disperser sans détruire les quartiers environnants. Construire dans cet espace réduit la capacité d’évacuation de l’eau et augmente la pression sur les ouvrages publics. En Haïti, l’érosion des sols, la déforestation, l’urbanisation rapide et l’insuffisance des systèmes de drainage aggravent déjà les risques. Une pluie intense peut transformer une ravine négligée en torrent, emporter une route ou isoler une commune entière. Les dégâts ne touchent pas uniquement les habitations construites au bord de l’eau : ils affectent les marchés, les écoles, les centres de santé, les réseaux électriques et les terres agricoles. L’interdiction proposée repose donc sur une logique de prévention. Il faut empêcher l’ouverture de nouveaux chantiers dans les lits de rivière, les ravines actives et les zones identifiées comme inondables, plutôt que d’attendre une catastrophe pour compter les victimes et reconstruire à grands frais. Un cadre légal clair et applicableLa future loi devra définir précisément les espaces concernés à partir de cartes hydrologiques, d’études de terrain et de données recueillies par les collectivités territoriales. Chaque rivière, ravine ou canal naturel devra faire l’objet d’un classement public. Les limites devront être matérialisées lorsque cela est nécessaire, afin que les habitants, les propriétaires, les ingénieurs et les autorités disposent de la même information. Toute nouvelle construction, extension, clôture permanente, remblai ou occupation qui réduit l’écoulement naturel serait interdite dans les zones protégées. Les permis délivrés en violation de ces règles devraient être annulés, tandis que les promoteurs et les responsables administratifs impliqués pourraient être sanctionnés. L’autorisation d’un chantier ne doit plus servir à légaliser une mise en danger collective. La loi doit cependant distinguer les occupations récentes des logements anciens construits dans des zones où aucune information n’était disponible. Un délai d’évaluation permettra d’établir un inventaire des bâtiments, de mesurer le niveau de danger et de préparer des solutions adaptées. La démolition immédiate, sans relogement ni accompagnement, ne ferait que déplacer la pauvreté et créer de nouvelles tensions. Protéger les familles sans criminaliser la pauvretéUne politique de prévention réussie commence par la reconnaissance d’une réalité sociale : de nombreuses familles se sont installées près des rivières faute de terrain accessible, de logement abordable ou de planification urbaine. Certaines ont reçu des documents informels, payé des intermédiaires ou obtenu des promesses qui ne leur offraient aucune véritable sécurité. L’État ne peut pas fermer les yeux sur ces abus et faire porter toute la responsabilité aux personnes les plus fragiles. Le projet prévoit un recensement transparent des ménages exposés, avec la participation des municipalités, des organisations communautaires et des représentants des habitants. Les familles recensées devraient bénéficier d’un accompagnement administratif, d’une aide temporaire au loyer ou d’un programme de relogement dans des quartiers équipés. Les personnes déplacées doivent conserver l’accès à l’école, aux soins, au transport et à leurs moyens de subsistance. La protection des enfants doit occuper une place centrale dans ce dispositif. Un transfert de logement qui éloigne les enfants de leur établissement scolaire ou les prive d’un environnement stable peut aggraver leur vulnérabilité. Les politiques de prévention des risques doivent donc être liées aux programmes sociaux, éducatifs et sanitaires du pays. Le plan d’urgence pour scolariser les enfants des rues illustre cette nécessité de traiter ensemble le logement, la sécurité et l’éducation. Des responsabilités partagées entre l’État et les communesL’application de l’interdiction ne peut pas dépendre d’une seule administration centrale. Les mairies connaissent les quartiers, les voies d’accès et les transformations du territoire, tandis que les services techniques de l’État disposent de compétences en matière d’eau, d’environnement, d’urbanisme et de protection civile. La loi devra organiser leur coopération et fixer des responsabilités précises pour éviter les zones grises. Chaque commune devrait établir un registre des zones à risque, contrôler les permis de construire et signaler rapidement les occupations nouvelles. Les services déconcentrés de l’État auraient pour mission de vérifier les études, d’appuyer les équipes locales et d’intervenir lorsque les intérêts particuliers cherchent à contourner les règles. Des mécanismes de plainte accessibles permettraient aux citoyens de signaler un remblai, une construction illégale ou une obstruction du lit d’une rivière. La transparence financière sera tout aussi importante. Les fonds destinés au curage raisonné, à la restauration des berges, au drainage et au relogement devront être publiés avec leurs montants, leurs bénéficiaires et l’état d’avancement des travaux. Les contrats liés aux infrastructures hydrauliques devront faire l’objet d’un contrôle indépendant afin que la prévention des inondations ne devienne pas une nouvelle source de détournement. Restaurer les rivières et réduire les risques en amontInterdire les constructions dans les lits de rivière ne suffira pas si les bassins versants continuent de se dégrader. La terre dénudée est emportée par les pluies, s’accumule dans les canaux et diminue la capacité des cours d’eau. La loi doit donc s’accompagner d’un programme de reboisement, de conservation des sols, de petites infrastructures de retenue et de restauration des berges. Les travaux devront respecter les caractéristiques de chaque bassin. Le bétonnage systématique des ravines peut accélérer les écoulements et transférer le danger vers les quartiers situés plus bas. Dans certains endroits, il faudra stabiliser les pentes avec une végétation adaptée, rétablir des zones d’expansion des crues et entretenir les canaux. Dans d’autres, des ouvrages correctement conçus seront nécessaires pour protéger les routes, les ponts et les centres habités. La gestion des déchets constitue un autre volet indispensable. Les détritus jetés dans les ravines forment des barrages improvisés qui provoquent des débordements soudains. Des services réguliers de collecte, des points de dépôt contrôlés et des sanctions appliquées aux entreprises polluantes doivent accompagner l’éducation citoyenne. La protection de l’eau est une responsabilité collective, mais elle commence par un service public fiable. Les garanties de la réformeLa loi devra protéger l’intérêt général tout en garantissant les droits des personnes concernées. Les décisions de classement, d’évacuation ou de démolition devront être motivées, communiquées et susceptibles de recours. Les propriétaires de bonne foi et les familles sans autre logement ne peuvent être traités comme des spéculateurs qui ont délibérément violé les règles. Les principales garanties proposées sont les suivantes :
Le financement doit être prévu dès l’adoption du texte. Une loi sans ressources resterait une déclaration d’intention. Le budget national, les contributions des collectivités et les mécanismes de coopération internationale pourraient alimenter un fonds permanent consacré à la prévention, au relogement et à la restauration des cours d’eau. Les priorités financières devraient être publiées chaque année :
Changer l’aménagement du territoireCette réforme doit ouvrir une nouvelle manière de penser le développement haïtien. La croissance urbaine ne peut plus se faire par l’occupation improvisée des ravines, des plaines inondables et des terres sans équipements. Les plans d’urbanisme doivent réserver des espaces pour l’eau, les routes, les écoles, les marchés et les logements, afin que chaque nouvelle communauté puisse se développer avec un minimum de sécurité. Les terrains libérés autour des rivières pourraient être transformés en espaces verts, jardins communautaires, zones de promenade ou secteurs de protection écologique, lorsque les études le permettent. Ces aménagements réduiraient les risques et amélioreraient la qualité de vie. Ils offriraient aussi aux communes des lieux publics utiles, au lieu de laisser les berges devenir des décharges ou des couloirs dangereux. Le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens porte une conception de l’action publique fondée sur la dignité, la solidarité et la responsabilité. Interdire les constructions dans les lits de rivière, c’est protéger les générations présentes et futures, donner une direction à l’urbanisation et rappeler que le droit au logement ne doit jamais être opposé au droit à la sécurité. La transformation d’Haïti passera par des lois justes, appliquées avec fermeté, mais aussi par un État capable d’offrir des alternatives réelles à celles et ceux qui vivent aujourd’hui dans les zones les plus menacées. |
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