Notre plan pour relancer le riz dans l’Artibonite

L’Artibonite est le cœur de la riziculture haïtienne. Ses plaines, nourries par le fleuve et par un réseau ancien de canaux, peuvent fournir une part essentielle de l’alimentation nationale. Pourtant, les producteurs travaillent dans un environnement marqué par l’insécurité foncière, l’accès limité au crédit, la dégradation des ouvrages hydrauliques et la concurrence du riz importé. Cette situation affaiblit les familles rurales et accroît la dépendance alimentaire du pays.

Relancer la production de riz doit donc devenir une priorité économique, sociale et politique. Il ne s’agit pas de distribuer ponctuellement des intrants ou de financer quelques campagnes agricoles. Il faut reconstruire une filière complète, depuis la préparation des terres et la maîtrise de l’eau jusqu’au stockage, à la transformation et à la commercialisation. L’État doit retrouver sa capacité de planification, tout en donnant aux agriculteurs une place réelle dans les décisions.

Le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens défend une agriculture productive, solidaire et orientée vers la souveraineté alimentaire. Dans l’Artibonite, cette vision repose sur un partenariat entre les cultivateurs, les associations paysannes, les collectivités territoriales, les techniciens, les institutions financières et la diaspora. Les investissements publics doivent servir l’intérêt général, créer des revenus et réduire le coût des aliments pour la population.

Changer Haïti exige une politique agricole durable, fondée sur la dignité du travail rural. Le riziculteur ne doit plus être considéré comme un simple bénéficiaire de projets. Il doit être reconnu comme un acteur économique, un gardien des terres et un partenaire de la reconstruction nationale. Notre plan s’appuie sur cinq engagements liés : remettre l’eau au service de la production, sécuriser les moyens de travail, renforcer l’organisation collective, protéger le marché et préparer l’agriculture aux changements climatiques.

Réhabiliter les canaux et maîtriser l’eau

La première urgence est de restaurer les infrastructures d’irrigation de l’Artibonite. Les canaux principaux et secondaires doivent être curés, consolidés et entretenus selon un calendrier permanent. Les digues, les prises d’eau, les vannes et les stations de pompage nécessitent un inventaire technique précis. Une intervention limitée à quelques ouvrages visibles ne suffira pas : la distribution de l’eau doit fonctionner à l’échelle de toute la plaine.

Nous voulons établir une autorité publique de l’eau agricole, dotée de moyens techniques et contrôlée par des représentants des producteurs, des communes et de l’administration. Cette structure aura pour mission de planifier les travaux, de suivre les débits, de prévenir les conflits et de publier les informations sur l’utilisation des ressources. Les associations d’irrigants pourront participer à l’entretien local, avec des contrats transparents et une rémunération adaptée.

La gestion de l’eau devra s’appuyer sur des pratiques plus économes. Le nivellement des parcelles, l’amélioration du drainage et l’adoption de méthodes d’irrigation adaptées permettront de réduire les pertes. Des stations météorologiques et des systèmes simples d’alerte aideront les cultivateurs à anticiper les crues, les sécheresses et les périodes de semis. Chaque gourde investie dans les canaux doit produire davantage de sécurité et de rendement.

Financer les producteurs et sécuriser les terres

Une campagne rizicole ne peut réussir lorsque le cultivateur doit emprunter à des conditions abusives pour acheter ses semences, louer un tracteur ou payer la main-d’œuvre. Nous proposons un fonds public de crédit agricole, administré avec des mécanismes de contrôle indépendants. Les prêts devront être accessibles, progressifs et adaptés au calendrier de la production. Un système d’assurance contre les pertes liées aux inondations et aux sécheresses complétera ce dispositif.

Le financement public devra soutenir l’achat de semences de qualité, d’engrais adaptés aux sols et d’équipements partagés. Des centres de services agricoles pourront mettre à la disposition des coopératives des motoculteurs, des moissonneuses, des batteuses et des séchoirs. Cette formule réduira les coûts individuels et évitera que les petits exploitants soient exclus de la modernisation. Les équipements devront être entretenus localement afin de créer des emplois techniques dans les communes de l’Artibonite.

La question foncière doit être traitée avec la même détermination. Un registre rural fiable, accessible et protégé permettra de réduire les litiges et de sécuriser les investissements. Les droits des petits exploitants, des fermiers et des femmes engagées dans la production devront être reconnus. La formalisation ne doit pas devenir un moyen d’expulser les familles rurales ; elle doit garantir la stabilité des parcelles et favoriser la transmission des exploitations.

Organiser la filière autour des coopératives

La faiblesse du producteur face aux intermédiaires vient souvent de son isolement. Des coopératives démocratiques peuvent regrouper les achats, négocier de meilleurs prix, organiser la collecte et investir dans la transformation. Elles devront disposer de règles claires, d’une comptabilité accessible et d’une direction élue. L’accompagnement technique et juridique sera indispensable pour éviter les pratiques de captation ou de dépendance.

Nous voulons créer un réseau de magasins de stockage et de décorticage répartis dans les zones de production. Le riz paddy pourra ainsi être séché, conservé et transformé dans de meilleures conditions, au lieu d’être vendu immédiatement après la récolte à un prix faible. Ces infrastructures réduiront les pertes post-récolte et permettront de proposer un riz local mieux présenté, mieux emballé et plus régulier sur les marchés.

La filière doit également valoriser les sous-produits du riz. La paille peut servir à l’alimentation animale ou au compost, tandis que la balle de riz peut être utilisée dans certains matériaux, combustibles ou procédés agricoles. Des petites unités de transformation donneront davantage de valeur au travail réalisé dans les campagnes. Une partie des revenus devra être réinvestie dans les coopératives, la formation et l’entretien des équipements.

Cette organisation collective doit inclure la jeunesse et les femmes. Les jeunes peuvent intervenir dans la mécanisation, la maintenance, la gestion des données, la transformation et la distribution. Les femmes, très présentes dans le tri, la vente et la gestion familiale, doivent accéder au crédit, aux titres fonciers et aux postes de décision. Une agriculture moderne ne peut reposer sur une division injuste des responsabilités.

Former, expérimenter et transmettre les savoirs

L’augmentation des rendements ne dépend pas d’une recette unique. Les variétés utilisées doivent être sélectionnées selon les sols, la disponibilité de l’eau, la durée des cycles et la résistance aux maladies. Des parcelles d’expérimentation, installées avec les organisations paysannes, permettront de comparer les techniques et de diffuser celles qui donnent de bons résultats. Les connaissances des cultivateurs devront être associées au travail des agronomes et des chercheurs.

Nous mettrons en place un service de vulgarisation agricole de proximité. Chaque groupe de communes pourra compter sur des techniciens chargés d’accompagner les producteurs pendant la préparation des terres, le semis, le désherbage, la fertilisation et la récolte. Des radios communautaires et des outils numériques simples pourront transmettre les informations sur les prix, la météo, les maladies et les possibilités de financement.

La formation agricole doit s’inscrire dans une politique nationale de connaissance et de qualification. La réflexion portée par les États généraux de l’éducation doit accorder une place réelle aux métiers ruraux, à l’enseignement technique et à la recherche appliquée. Des écoles professionnelles de l’Artibonite pourront préparer des conducteurs de machines, des réparateurs, des gestionnaires de coopératives et des spécialistes de la transformation alimentaire.

L’expérimentation devra aussi préparer la région aux effets du climat. La diversification des cultures, la restauration des berges, la plantation d’arbres et l’utilisation raisonnée des intrants protégeront les sols et les cours d’eau. Le riz restera central, mais il devra s’insérer dans des systèmes agricoles capables de produire du maïs, des légumes, des légumineuses et du fourrage. Cette diversité donnera aux familles un revenu plus stable entre les récoltes.

Protéger le marché et garantir des débouchés

Aucune relance de la riziculture ne sera durable si le riz local est vendu à perte. L’État doit fixer des règles commerciales prévisibles et combattre les pratiques qui désorganisent le marché. Les importations peuvent répondre à certains besoins, mais elles ne doivent pas écraser la production nationale au moment de la récolte. Une politique de protection raisonnée doit donner aux producteurs le temps d’améliorer leur productivité.

Nous proposons un prix indicatif établi à partir des coûts réels de production, du revenu nécessaire aux familles et des conditions du marché. Un mécanisme d’achat public pourra intervenir lorsque les cours s’effondrent, afin de constituer des réserves alimentaires. Ces stocks serviront aux cantines scolaires, aux programmes sociaux et aux situations d’urgence. Ils devront être gérés avec des procédures transparentes pour prévenir la corruption et les détournements.

Les institutions publiques représentent un débouché important. Les écoles, les hôpitaux, les centres de détention et les programmes d’aide alimentaire devraient acheter une part déterminée de riz haïtien répondant à des normes de qualité. Cette commande publique donnera de la visibilité aux coopératives et améliorera la nutrition des bénéficiaires. Elle créera aussi un lien concret entre la production de l’Artibonite et les besoins des villes.

La réussite du plan sera mesurée par des indicateurs publics : superficies effectivement cultivées, rendement moyen, volume stocké, revenus des producteurs, emplois créés et part du riz local dans la consommation nationale. Un comité de suivi réunissant l’État, les organisations paysannes, les communes, les universités et les partenaires sociaux publiera régulièrement ses résultats. La relance de l’Artibonite doit rester une politique nationale, contrôlée par la population et orientée vers la souveraineté alimentaire.

Help Earthquake Relief


AYITI PAP PERI. NAP CHANJE SA !

Soyez les bienvenus entrez S.V.P.


Today is:04, Jan 2014 | You are visitor #: 6316


| Enter |

Votre contribution a ce site est apprecie.
Veuillez nous signaler tous: typos , omission ou/et ,erreur.
Merci webmaster.