Relancer le café et le cacao de qualité en HaïtiLe café et le cacao ont longtemps représenté bien davantage que des cultures commerciales en Haïti. Ils ont façonné des paysages, soutenu des familles rurales et relié les montagnes du pays aux marchés régionaux et internationaux. Aujourd’hui, ces filières peuvent redevenir un moteur de revenus, d’emplois et de dignité pour les producteurs. Notre plan repose sur une idée simple : la relance agricole ne peut pas se limiter à distribuer quelques plants. Elle doit restaurer les sols, améliorer les pratiques, sécuriser les récoltes, organiser la transformation et garantir une rémunération plus juste. La qualité doit devenir une stratégie nationale, depuis la pépinière jusqu’à la tasse de café ou à la tablette de chocolat. Cette ambition s’inscrit dans la vision sociale-démocrate du Parti Fusion des Sociaux-Democrates Haïtiens : produire davantage, partager plus équitablement la valeur créée et renforcer les communautés. Le projet politique du parti place l’action publique au service du travail, de la solidarité et de la reconstruction durable du pays. Une agriculture de qualité pour une économie plus forteLa production de café et de cacao reste confrontée à plusieurs difficultés : vieillissement des plantations, baisse de la fertilité des sols, maladies, accès limité aux outils, routes dégradées et faiblesse des circuits de commercialisation. Beaucoup de cultivateurs vendent leur récolte sans connaître sa destination ni son prix final. Cette situation réduit leurs revenus et décourage les jeunes de rester dans les zones rurales. La relance doit donc associer productivité, qualité et justice économique. Un café mieux trié, mieux séché et correctement conservé peut obtenir un meilleur prix. Un cacao fermenté avec rigueur, séché de manière homogène et protégé de l’humidité peut atteindre des marchés spécialisés. La valeur ajoutée ne doit plus être captée principalement après la sortie du produit du territoire. Nous voulons soutenir une agriculture familiale modernisée, adaptée aux réalités des petits exploitants. Le modèle recherché ne repose pas sur l’abandon des cultures vivrières ni sur une monoculture risquée. Il encourage plutôt l’agroforesterie, l’association du café et du cacao avec des arbres fruitiers, des plantes alimentaires et des espèces protectrices. Réhabiliter les plantations et protéger les solsLa première étape consistera à établir un programme national de rénovation des vergers et des caféières. Des pépinières locales produiront des plants sélectionnés pour leur rendement, leur résistance aux maladies et leur adaptation aux différents terroirs. Les producteurs seront accompagnés pour remplacer progressivement les arbres trop vieux sans interrompre complètement leurs revenus. La fertilité des sols sera traitée comme un investissement productif. Des formations porteront sur le compost, la couverture végétale, la lutte contre l’érosion, les haies vives et l’utilisation raisonnée des amendements organiques. Dans les zones montagneuses, la restauration des bassins versants et la protection des sources seront liées directement à la politique agricole. L’agroforesterie apportera plusieurs bénéfices : ombrage naturel, meilleure rétention de l’eau, réduction de la chaleur, protection contre les vents et diversification des revenus. Les arbres fruitiers et forestiers pourront fournir des ressources complémentaires tout en améliorant le microclimat des plantations. Cette méthode répond à la crise climatique sans exiger des investissements inaccessibles aux petits producteurs. Les services agricoles publics devront revenir au plus près des communautés. Des agents formés accompagneront les associations de cultivateurs, suivront les parcelles pilotes et diffuseront des solutions adaptées. L’objectif n’est pas d’imposer une technique unique, mais de faire circuler les connaissances entre agriculteurs, techniciens, chercheurs et transformateurs. Organiser la qualité du champ au marchéLa qualité commence au moment de la récolte. Pour le café, il faut privilégier les cerises mûres, éviter le mélange de fruits verts et organiser un séchage propre et régulier. Pour le cacao, la fermentation doit être suffisamment longue et contrôlée afin de développer les arômes recherchés. Ces gestes exigent des équipements simples, une formation pratique et un suivi constant. Des centres communautaires de collecte et de traitement seront installés dans les principales zones productrices. Ils pourront regrouper les récoltes, assurer le tri, mesurer l’humidité, améliorer le séchage et entreposer les produits dans de bonnes conditions. Cette organisation réduira les pertes après récolte et donnera aux coopératives une capacité de négociation supérieure face aux acheteurs. La traçabilité sera progressivement mise en place. Chaque lot pourra être associé à une zone de production, à une période de récolte et à des pratiques identifiées. Cette transparence aidera à distinguer les cafés de terroir et les cacaos de spécialité, tout en renforçant la confiance des clients haïtiens et étrangers.
Créer davantage de valeur en HaïtiExporter uniquement des fèves ou du café vert limite les possibilités de revenus. Une stratégie nationale doit encourager la torréfaction, la mouture, la fabrication de chocolat, la production de confiseries et le conditionnement. Ces activités peuvent créer des emplois pour les jeunes, les femmes et les entrepreneurs des villes secondaires. Des ateliers partagés pourront être financés dans les régions productrices. Ils offriront un accès collectif à des équipements coûteux : séchoirs, torréfacteurs, moulins, machines de fermentation contrôlée, balances et matériels d’emballage. Les normes sanitaires et les règles de conservation seront enseignées afin que les produits locaux puissent entrer dans les commerces, les hôtels, les restaurants et les marchés d’exportation. Une marque nationale ou une certification territoriale pourrait distinguer les productions respectant un cahier des charges précis. Cette identité ne doit pas être une simple étiquette publicitaire. Elle devra garantir l’origine, les méthodes de production, la qualité sensorielle et une rémunération plus équitable des agriculteurs. La diaspora haïtienne représente également un partenaire important. Des réseaux de distribution peuvent être développés dans les pays où vivent de nombreuses communautés haïtiennes. Le café et le cacao transformés en Haïti deviendraient ainsi des produits de consommation, de fierté culturelle et de soutien direct à l’économie locale. Financer les producteurs et sécuriser les revenusSans financement adapté, même les meilleures techniques resteront hors de portée de nombreux cultivateurs. Nous proposons la création de mécanismes de crédit agricole à taux abordable, avec des périodes de remboursement compatibles avec le cycle des plantations. Les investissements dans le cacao et le café produisent des résultats sur plusieurs années ; les conditions financières doivent en tenir compte. Les coopératives pourront bénéficier de fonds de garantie pour acheter les récoltes, stocker les produits et attendre une période de vente favorable. Des contrats transparents entre producteurs et transformateurs limiteront les pratiques abusives. Les prix devront intégrer la qualité, les coûts réels de production et les efforts accomplis pour respecter les normes. Une assurance contre les pertes liées aux cyclones, aux sécheresses et aux maladies pourra être expérimentée dans plusieurs départements. Elle ne remplacera pas la prévention, mais elle réduira le risque de ruine après un événement climatique majeur. Les systèmes d’alerte et les services météorologiques devront être accessibles aux communautés rurales. La commande publique peut aussi soutenir la filière. Les écoles, hôpitaux, administrations et programmes alimentaires devraient, lorsque les conditions de qualité et de prix sont réunies, privilégier les produits haïtiens. Cette politique créerait une demande stable et montrerait que la production nationale a sa place dans la vie quotidienne du pays. Donner un rôle central aux communautés ruralesLa réussite du programme dépendra de la participation des producteurs. Les décisions concernant les variétés, les centres de traitement et les mécanismes de financement ne peuvent pas être prises uniquement depuis Port-au-Prince. Les organisations paysannes, les collectivités locales, les associations de femmes et les représentants de la jeunesse doivent participer à la planification et au contrôle des projets. Les femmes jouent déjà un rôle essentiel dans le tri, la transformation, la commercialisation et la gestion des revenus agricoles. Pourtant, elles disposent souvent d’un accès limité à la terre, au crédit et aux équipements. Un volet spécifique leur permettra d’obtenir des formations, des fonds de démarrage et une représentation réelle dans les coopératives. Pour les jeunes, la filière peut ouvrir des perspectives dans la production, la maintenance des équipements, la qualité, le marketing numérique, la logistique et l’agrotourisme. Des écoles pratiques et des programmes d’apprentissage pourront rapprocher la formation professionnelle des besoins des territoires. Rester dans sa communauté doit devenir un choix viable, et non une absence d’alternative. Le café et le cacao peuvent aussi soutenir un tourisme rural responsable. Des circuits dans les plantations, des dégustations et des ateliers de transformation feraient connaître les terroirs tout en apportant des revenus complémentaires. Ces activités devront respecter les communautés, protéger l’environnement et éviter toute exploitation folklorique de la culture paysanne. Des engagements mesurables pour une action durableUn programme crédible doit fixer des objectifs publics et vérifier régulièrement les résultats. Les indicateurs peuvent inclure le nombre de plants distribués et effectivement plantés, la superficie réhabilitée, le volume de café et de cacao transformé localement, la progression du revenu agricole et la part des femmes et des jeunes dans les structures de décision. Les financements devront être publiés de manière claire. Chaque projet bénéficiera d’un calendrier, d’un budget et d’un mécanisme de contrôle associant les communautés. La lutte contre la corruption et le gaspillage est indispensable : chaque gourde destinée à la production doit produire un effet visible dans les champs, les ateliers ou les foyers. Les premières actions peuvent être concentrées dans des zones présentant déjà un savoir-faire, des organisations actives et un potentiel de qualité. Les expériences réussies seront ensuite adaptées à d’autres départements. Cette progression par étapes permettra de corriger les erreurs, de former les techniciens et de construire une confiance durable. Pour transformer cette vision en résultats, plusieurs décisions doivent être engagées dès le début du mandat :
La relance de ces filières exigera de la constance. Elle ne sera pas obtenue par une campagne ponctuelle, mais par une politique publique suivie, des partenariats transparents et un respect réel du travail agricole. Les résultats se mesureront dans les exploitations mieux entretenues, les revenus plus stables, les produits transformés localement et les jeunes qui trouvent une place dans l’économie de leur communauté. Le café et le cacao peuvent redevenir des symboles de la capacité d’Haïti à produire, innover et s’organiser. En réunissant l’État, les producteurs, les collectivités, la diaspora, les entreprises et les consommateurs, nous pouvons bâtir une filière de qualité qui protège la terre et valorise le travail. Le moment est venu de soutenir cette transformation par l’engagement citoyen, la coopération locale et une action politique déterminée. |
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