Notre plan pour développer le covoiturage et l’autopartage à Port-au-PrinceÀ Port-au-Prince, les déplacements quotidiens sont devenus une épreuve sociale, économique et environnementale. Les embouteillages allongent les trajets, la hausse du prix du carburant pèse sur les familles et les travailleurs, tandis que les transports collectifs restent inégalement répartis entre les quartiers. Une grande partie des véhicules circule pourtant avec une seule personne à bord. Le covoiturage et l’autopartage peuvent apporter une réponse concrète à cette situation. Le premier consiste à partager un trajet régulier dans une voiture privée. Le second repose sur l’utilisation d’un véhicule partagé, réservé pour une durée déterminée par plusieurs usagers. Ces solutions ne remplacent pas les transports publics, mais les complètent et réduisent la pression exercée sur les axes principaux. Notre démarche s’inscrit dans une vision sociale-démocrate de la mobilité : chaque habitant doit pouvoir accéder à l’emploi, à l’école, aux soins et aux services essentiels sans consacrer une part excessive de son revenu au transport. La mobilité partagée doit donc être abordable, sûre, organisée et accessible aux personnes qui vivent dans les zones périphériques comme dans les quartiers centraux. Le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens défend une action publique proche des réalités locales, fondée sur la solidarité, la responsabilité et la participation citoyenne. À travers le parti social-démocrate, cette proposition rejoint un projet plus large pour changer Haïti en renforçant les services publics, l’aménagement urbain et les possibilités économiques offertes à la population. Partir des besoins réels des habitantsLa première étape consiste à comprendre les déplacements qui structurent la vie de Port-au-Prince. Les trajets entre les communes de l’aire métropolitaine, les déplacements vers les marchés, les hôpitaux, les établissements scolaires et les administrations ne répondent pas aux mêmes horaires. Un dispositif efficace doit tenir compte des habitudes des employés, des étudiants, des commerçants, des artisans et des personnes ayant des horaires de travail variables. Une cartographie participative permettrait d’identifier les corridors où plusieurs personnes empruntent chaque jour un itinéraire similaire. Des enquêtes menées dans les quartiers, les entreprises, les universités et les associations pourraient recenser les horaires, les points de départ, les destinations et les difficultés rencontrées. Ces données, recueillies avec des garanties de confidentialité, serviraient à organiser des lignes de covoiturage adaptées plutôt qu’à imposer un modèle uniforme. Les premiers pôles pourraient être installés près des grands axes, des marchés, des campus, des centres de santé et des lieux de correspondance avec les autobus et les tap-tap. Il ne s’agirait pas de construire de vastes parkings dans des espaces déjà rares, mais d’aménager des points de rendez-vous clairement signalés, éclairés et surveillés. Une signalétique simple en français et en créole faciliterait leur utilisation par tous. Créer une plateforme simple et fiableLe développement du covoiturage nécessite un outil de mise en relation accessible. Une application mobile pourrait permettre d’indiquer un trajet, une heure, le nombre de places disponibles et la contribution demandée aux passagers. Toutefois, une solution exclusivement numérique exclurait les personnes qui ne disposent pas d’un téléphone intelligent, d’une connexion régulière ou d’un moyen de paiement électronique. Nous proposons donc un système hybride. Une plateforme en ligne serait complétée par un numéro court, des points d’inscription dans les mairies, les centres communautaires et les gares routières, ainsi que des agents chargés d’accompagner les nouveaux utilisateurs. Les réservations pourraient être confirmées par SMS ou par appel vocal. Les tarifs et les règles de fonctionnement seraient affichés publiquement afin de limiter les abus. La confiance doit être au centre du dispositif. Chaque conducteur inscrit fournirait des informations vérifiables sur son identité, son permis et son véhicule. Les passagers pourraient consulter une évaluation réciproque, signaler un comportement dangereux et suspendre leur participation en cas d’incident. Des mécanismes de protection des données empêcheraient la diffusion des adresses privées et limiteraient les informations visibles aux seuls éléments nécessaires au trajet. Une cellule de coordination, rassemblant les autorités locales, les associations d’usagers et les opérateurs de transport, suivrait la qualité du service. Elle pourrait traiter les plaintes, analyser les trajets les plus demandés et ajuster les points de rencontre. Cette gouvernance partagée éviterait qu’une initiative de mobilité soit contrôlée par un acteur unique sans rendre de comptes à la population. Développer l’autopartage au service des quartiersL’autopartage répond à une autre réalité : de nombreux habitants ont besoin d’un véhicule seulement quelques heures par semaine, alors que l’achat et l’entretien d’une voiture représentent une dépense inaccessible. Un réseau de véhicules partagés permettrait de réserver une voiture pour un rendez-vous médical, une livraison, une activité professionnelle ou un déplacement familial ponctuel. Le déploiement commencerait par une flotte limitée, composée de véhicules robustes, économes en carburant et adaptés à l’état des routes. Des coopératives locales pourraient gérer les voitures dans plusieurs zones, avec des conducteurs formés et des mécaniciens partenaires. Le paiement serait calculé selon la durée et la distance, avec des tarifs réduits pour les personnes à faibles revenus, les étudiants, les personnes âgées et les usagers à mobilité réduite. L’autopartage ne doit pas devenir une nouvelle source de congestion. Les véhicules seraient stationnés dans des espaces identifiés près des marchés, des centres administratifs et des pôles de transport. Les réservations permettraient de contrôler la disponibilité et d’éviter les stationnements anarchiques. Lorsque les conditions techniques le permettront, des véhicules électriques ou hybrides pourront être introduits progressivement, avec des stations de recharge installées en fonction de la capacité du réseau. La création d’emplois locaux ferait partie du programme. Des jeunes pourraient être formés à la gestion de flotte, à l’entretien préventif, à l’assistance aux utilisateurs et à la collecte de données. Les coopératives recevraient un appui initial, mais leur fonctionnement devrait reposer sur des règles financières transparentes, des audits réguliers et une participation réelle des usagers. Relier mobilité, logement et activité économiqueLa mobilité partagée ne peut pas être séparée de la manière dont la ville se développe. Lorsque les logements abordables sont éloignés des lieux d’emploi, les ménages dépensent davantage pour se déplacer et passent plus de temps dans les embouteillages. Une politique cohérente doit donc rapprocher l’habitat, les services, les commerces et les transports. Les nouveaux projets immobiliers devraient prévoir des espaces pour les arrêts de transport partagé, des cheminements piétonniers sécurisés et des zones de prise en charge. La réflexion sur les logements sociaux dans les permis peut être associée à des obligations de mobilité : accès à un point de covoiturage, stationnement réservé aux véhicules partagés et connexion aux itinéraires collectifs. Les entreprises pourraient encourager le covoiturage de leurs employés grâce à des horaires coordonnés, des espaces de rencontre et une participation aux frais. Les administrations et les écoles auraient intérêt à établir des plans de déplacement pour réduire les arrivées simultanées. Des avantages modestes, comme une priorité de stationnement ou une réduction sur la réservation, peuvent suffire à faire évoluer les habitudes lorsque le service est fiable. Cette organisation soutiendrait également les petits commerces et les activités de proximité. Des points de mobilité installés près des marchés et des zones artisanales faciliteraient l’accès des clients et la livraison de marchandises légères. Les conducteurs participant au programme pourraient recevoir une formation sur le transport sécurisé des personnes et des biens, afin de distinguer clairement les usages privés, professionnels et commerciaux. Garantir l’équité, la sécurité et la continuité du serviceUn programme public de mobilité partagée doit bénéficier à ceux qui sont souvent oubliés par les solutions technologiques. Les femmes, les personnes handicapées, les travailleurs de nuit, les habitants des quartiers isolés et les familles sans compte bancaire doivent pouvoir participer dans des conditions adaptées. Des points d’inscription physiques, des horaires élargis et des modalités de paiement en espèces peuvent réduire les barrières d’accès. La sécurité exige des mesures précises. Les lieux de rendez-vous devront être éclairés, visibles et, lorsque cela est nécessaire, surveillés par des équipes formées. Les conducteurs et les opérateurs devront respecter un code de conduite interdisant le harcèlement, la discrimination et la conduite dangereuse. Un service d’assistance disponible en créole et en français permettra de réagir rapidement aux incidents. Le financement pourrait combiner une contribution municipale, des partenariats avec les entreprises, des recettes d’utilisation et des soutiens destinés à la transition énergétique ou à la reconstruction urbaine. Les fonds publics ne doivent pas servir à subventionner durablement une gestion inefficace. Chaque opérateur devra publier ses tarifs, ses résultats, le nombre de trajets réalisés et les dépenses principales. Les objectifs seraient évalués après six, douze et vingt-quatre mois. Il faudrait mesurer la baisse du nombre de véhicules individuels sur certains axes, le coût moyen des trajets, la fréquentation par quartier, les émissions évitées et le taux d’incidents. L’expérimentation pourrait commencer sur quelques corridors, puis être étendue après consultation des habitants et correction des problèmes observés. Voici une comparaison des principaux dispositifs envisagés :
Mesures prioritaires
Ce plan repose sur une idée simple : la mobilité est un droit collectif et un outil de développement. En partageant mieux les véhicules déjà présents dans la ville, Port-au-Prince peut réduire les dépenses des ménages, faciliter l’accès aux services et préparer une organisation urbaine plus solidaire. Le covoiturage et l’autopartage deviendront réellement utiles lorsqu’ils seront intégrés à une politique globale de logement, d’emploi, de transport public et d’aménagement local. |
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